Les Deux Pieds Sur Terre.

Voilà quelques années déjà, un homme m’aborda dans la rue. Il avait la mine vieillie, un regard franc accompagné d’une chaleur humaine étonnante. Me tenant le bras il m’invita à marcher avec lui, puis nous conversâmes. Je fus frappé par les différentes marques de meurtrissures qu’il portait, comme si on l’avait battu puis laissé là, gisant sur le plancher d’une sombre ruelle un soir d’hiver. Après avoir répondu à ses nombreuses question quant à ma personne et mes occupations, à mon tour je lui soumis mes diverses interrogations face à qui il était et ce qu’il faisait. Tout-à-coup il s’arrêta brusquement et se tournant vers moi il me regarda droit dans les yeux en m’ordonnant de tourner la tête à 180 degrés: ”Mon garçons” dit-il, ”Regarde derrière toi!”

Ce que je vis me fit blêmir. Le visage abasourdi et terrifié, les genoux tremblants j’aperçu des flaques de sang, son propre sang traçant le trajet que nous avions parcouru jusqu’ici. Aussitôt je lui demandai avec urgence la raison de cette perte soudaine. Chemin faisant il m’expliqua ce qui lui était arrivé des années auparavant. L’événement fut comment dirais-je…bouleversant.

Encore aujourd’hui, ne comprenant ni le pourquoi du comment précisément, cette marche se poursuit. Quelques fois, je me demande bien pour quelle raison il me tient toujours le bras. Je me dis hypothétiquement qu’il ne veut probablement pas que je m’éloigne. Au travers des années, je compris pourquoi la première fois il me paraissait avoir la mine d’un itinérant perdu en plein centre-ville, les vêtements déchirés et le visage rempli de saletés. En fait il m’expliqua que dans sa maison paternelle, il avait plutôt une apparence majestueuse et autoritaire; en fait il provient de la plus haute royauté. La raison qu’il se trouve sous cette apparence aujourd’hui est qu’il est désormais sujet à l’indifférence et à l’oubli, non dans la maison royale mais hors de celle-ci. Un jour, je lui demandai pourquoi il en était ainsi. Il m’affirma qu’en fait, il se présenta de la même manière qu’il le fit à mon égard auparavant: pauvre et vagabond, sans endroit pour se reposer ni rester.

Sur terre, c’est à cet endroit que Dieu rencontre l’humain, le fait vivre et demeurer. C’est aussi à cet endroit qu’il le laisse pleurer, rire, calculer, penser, jouer, tomber: vivre en fait. Il n’amène pas son sujet dans son palais mais décide plutôt de sortir de ce dernier pour aller à la rencontre de l’objet de son amour. Trop souvent, avons nous tenté en vain d’aller le joindre en haut, de le précéder, de lui demander de se détendre, d’allumer le téléviseur, de se commander une pizza et de commencer à regarder un épisode de la ”Ptite Vie” pendant que nous nous occupions d’aller le rejoindre à son salon. Hors il en est tout autre. Déçu par notre incapacité à rester dans son salon plus longtemps, la longue chute vers de sol se fait tout sauf agréable. Cet endroit nous était pourtant chaleureux, si différents de la terre, si glorieux et resplendissant. Peut-être l’avions-nous rencontrer dans une rue remplie d’or, lui sur son chariot royal rempli de belles promesses qui nous étaient accessibles et tangibles désormais. Ce rêve édulcoré, est maintes fois présenté à qui veut l’entendre. Ici, je ne parle pas de l’évangile de prospérité mais bel et bien de ce évangile à la saveur d’un sirop portant l’étiquette ”solution à tous tes problèmes”. Le visage collé contre le sol et les mains tremblantes tentant de se relever, l’on se dit :”Plus jamais, plus jamais je ne croirais en ces balivernes; cela m’est complètement inutile si je ne peux y voir des résultats concrets sur ce sol froid et dur!”. Dans ce cas vaut mieux prendre son baluchon et faire chemin seul à la recherche de quelqu’un ou quelque chose qui pourrait nous procurer du bonheur, pour un moment au moins.

Toujours est-il que c’est effectivement sur cette terre que Dieu désir rencontrer le dépressif, la policière, le savant, l’étudiante, le travailleur, l’infirmière, le grand-père, l’autochtone qui me quête de l’argent tous les matins dans la rue, la fille qui travail au Second Cup d’en face, mon bon chum que ça fait longtemps que j’ai pas vu ou ma prof de math du secondaire dont j’ai oublié le visage mais pas ses bons conseils. Dans notre vie quotidienne c’est ici que le Roi s’est autrefois présenté et c’est encore là où Il nous transforme. Ainsi l’espérance des choses à venir n’est pas anéanti mais bien plus elle est espérance en ce que l’accès complet à ces vérités ne se présente pas dans l’accomplissement présent mais bel et bien dans la réalité après la mort. C’est le déjà mais pas encore…

Avec le temps, je me suis habitué à apercevoir ces flaques de sang suivant nos pas jusqu’à ne plus les voir du tout. Parfois, cet homme m’arrête et me demande de jeter un coup d’oeil derrière… seulement pour me rappeler qui Il est et ce qu’il fit…

les deux pieds sur terre.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s